Pour l’amour du franc-parlé

dictionnaire-franc-comtois

« Et vla t’y pas qu’elle va nous pomper l’air avec ses conneries d’patois ! »

En d’autres termes, j’avais très envie de vous parler «local», mais différemment.
Il y a déjà un moment (un an je crois), je suis tombée sur un blog de chercheurs qui s’appelle «Le français de nos régions». Leur but ? Recenser les différences de langage suivant les régions francophones. Ils explorent les patois, les tics de langue suivant là d’où tu viens. Il y a les mots rigolos, les mots qui se prononcent différemment ou encore les accents qui te font tinter les oreilles. Et comme j’aime les mots, j’avais vraiment envie de parler de ça ici. Je suis franc-comtoise d’origine, aujourd’hui j’habite à Grenoble, et j’en découvre encore tous les jours. Quand je me balade en France, j’écoute parler les gens autour de moi. Et depuis que j’ai pris cette habitude, j’ai découvert de jolies pépites…

A propos des variations de langage dans nos régions :

Il existe en France et dans les pays francophones des patois et des parlés différents. Dans les campagnes, dans les villes, les mots se parent d’accents et de sens différents. On a tous le même dictionnaire dans l’armoire, mais quand on ouvre la bouche, on le rénove. A chaque nouvelle discussion, j’aime tendre l’oreille pour découvrir une nouvelle façon de nommer quelque chose. Sur le blog du «français de nos régions», les auteurs te racontent les différences, mais ils ont aussi pas mal de sondages, qui te permettent de faire don de tes réflexes oraux pour étayer et préciser ce travail de fourmis du langage !

Les différences régionales, on les distingue de différentes manières. La première, et la plus connue je pense, c’est l’accent. Oui, tu sais, ce truc dingue qui met du soleil dans la voix des marseillais, et de la mauvaise humeur bourrue dans la gorge des franc-comtois. Certains sont très marqués, d’autre beaucoup moins. Certains y sont très sensibles, d’autre ne les entendent même pas. Mais je trouve ça magique de me dire que ton histoire géographique peut s’entendre jusque dans ta voix.
Personnellement, j’ai un tout petit accent franc-comtois, qui ressort lorsque je suis fatiguée, énervée ou que je rentre à la maison. Parfois il me fait un peu honte, parce que je ne trouve pas que ce soit le plus esthétique, mais il a le mérite de faire rire autour de moi et de me rappeler d’où je viens. Au delà de ça, ce que j’adore par dessus tout, c’est m’imprégner des accents des autres : je suis capable de prendre l’accent suisse simplement en écoutant parler les copains suisses. Je tombe parfois dans les sonorités sudistes quand je descend dans les Hautes Alpes et plus bas… La voix caméléon, je trouve ça fabuleux.

La seconde distinction, c’est ces querelles régionales des mots… Mais si, tu vois bien de quoi je veux parler…! Si je te dis «chocolatine» et que tu n’est pas du Sud-Ouest, tu vas soit pas comprendre, soit me dire que je te brûle les yeux. Parce que ce qui est drôle avec ces mots différents dans chaque lieu, c’est que chacun est persuadé d’avoir raison pour tout le monde… Et oui, on est comme ça, on ne peut pas s’en empêcher…! Mais en même temps, c’est une jolie richesse !
ARTICLE CONNEXE : Une serpillière, une wassingue ou une panosse ?

La troisième distinction qui ressort, ce sont ces mots qui se prononcent différemment suivant où tu te situes en France. Pour exemple, je prononce le -t final du mot «vingt», et parfois, ça fait rire ceux qui m’écoutent… J’ai la chance d’assister à des cours d’un enseignant suisse. Lui, le -t final qu’il prononce, c’est celui du mot «soit», quelque soit son emploi… (Allez, relis cette phrase à sa façon, et dis moi ce que tu en penses…! C’est dépaysant, non ?!)
ARTICLE CONNEXE : Vin ou Vingt ?

J’ai un petit faible pour la dernière distinction… Elle concerne les mots dérivés du patois du coin. Souvent très peu répandus, ils dépendent presque exclusivement de là d’où tu viens. Ils changent parfois suivant la vallée, le trou du cul du monde qui est le tien. Et c’est fabuleux de voir ces ancêtres de mots qui resurgissent dans une phrase. Pour exemple : dans mes Hautes-Alpes, j’ai souvenir d’un mot utilisé pour dire «à ta place» ou «calme toi» à un cheval ou tout autre animal : «biraté !», quelque chose comme ça. (Je n’en connais pas l’orthographe exact). En me baladant entre les différentes communautés de cavaliers, j’ai aussi découvert cette façon d’appeler une plante bien casse pied : vous savez, celle qui dépose sur vos vêtements ou dans les poils de votre chien ses petites graines. Elles s’accrochent à vous, et peuvent être de tailles très diverses. Dans les crins ou les poils des animaux, ça tourne rapidement au drame : un nœud monstrueux, presque une dread, et souvent les ciseaux sont la meilleure solution. Et bien, j’ai au moins deux façons en tête de les nommer : il y a le «pignagnou» en morvandiaux ou les «rapapéos» en haut-alpin. En réalité, ces petites graines proviennent du gratteron ou de la bardane… ! Et cette fois, ce sont les vrais noms des plantes…

Langage-définition

Mes mots à moi :

J’avoue, en écrivant cet article, je m’éclate ! Et j’avais vraiment envie de vous partager un petit peu de mon butin de mots actuel… Ces façons de parler qui m’éclatent ou me font encore tiquer…

  • Je me gave, tu te gaves, il me gave…

Si je te dis que ça me gave, alors je suis énervée, saoulée par quelque chose qui ne fonctionne pas comme prévu. (et Dieu sait que c’est récurrent chez moi…). Par contre, si je te dis que tu te gaves, alors tu peux être fier de toi : je t’admire pour ce que tu viens d’accomplir ! Mais ne t’emballes pas non plus, car tu peux aussi très bien me gaver, et donc… me saouler !

  • Va donc chercher la pelle à ch’nis !

Le classique du franc-comtois, mais qui me fait toujours autant rire : voir les yeux qui s’ouvrent en grand et l’incompréhension complète des gens. Le ch’ni, chez nous, c’est la poussière voyons ! Et j’avoue que je ne connais absolument pas le vrai nom de la «pelle à ch’nis» !

  • Gaugé ? Rincé ? Trempé ?

Chez nous, en France-Comté, il pleut beaucoup. Dans le Nord, ils te diraient qu’il drâche… Mais une chose est sûre, on en ressort tous trempé, d’un séjour sous la flotte… Ou alors rincé ! Et encore gaugé jusqu’à l’os… !

  • Tchi, r et chaye…

Vivre à Grenoble, c’est découvrir un véritable panel de nouveaux mots. Je pense clairement que c’est l’endroit où j’ai le plus appris de nouveaux mots. Maintenant, je te dis qu’«il n’y a R» pour te dire qu’il n’y a rien, ou que «ça sert à tchi», parce que c’est inutile. Quand j’ai un peu la flemme de venir chez toi, je te dis que «c’est à chaye», c’est à dire c’est loin… Mais j’avoue, je résiste encore et toujours à cette manie absolument agaçante de dire «commeg» au lieu de «comme ça»… !


Et toi, ton patois, il dit quoi ? Tu connaissais mes mots à moi ? Si vous avez de jolies histoires à raconter autour de tout ça, je suis toute ouïe !
Si ce sujet vous a plu, je vous invite encore une fois à aller faire don de votre français à la science sur ce blog !

Pour terminer, je voulais remercier encore la charmante Holy, du blog Any Holy Idea, qui m’a donné l’envie d’écrire cet article, grâce à son article où elle nous raconte comment elle remix l’allemand !

Je vous embrasse,

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3 réflexions sur “Pour l’amour du franc-parlé

  1. Holy dit :

    ahahha 🙂 très sympa ton article !! J’adore!!!! Merci pour le « link » (un peu de Franglais est permis non ?). C’est fou car, comme toi, dès que je rentre chez moi à la Réunion et bien j’ai mon petit accent créole qui revient et impossible de m’en débarrasser…. jusqu’à ce que je monte dans l’avion.

    Chez nous, nous avons aussi quelques mots « usuels du quotidiens ». Lors de ma première année d’étude à Paris, je pense que les gens pensaient que j’étais folle.
    – Je cherche un « gabier » > un distributeur automatique
    – Je voudrais un « sachet » svp > je voudrais un sac pour mes courses
    – je cherche un « GSM » > je cherche un téléphone portable
    – tu m’as « molé » > tu m’as prise au dépourvu
    – tu m’as mis un « bois » > tu viens de me mettre un vent
    Et à la Réunion nous disons les deux: chocolatine et pain au chocolat 🙂

    bon j’arrête là parce que sinon je vais t’écrire un commentaire/article eheheh.
    Belle journée
    Holy

    Aimé par 1 personne

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